Le Mfumbwa, un légume très convoité à Kinshasa

Du nom scientifique ‘Gnetum africanum’, le mfumbwa est une plante de la forêt tropicale. Ce produit non ligneux préparé avec la patte d’arachide est utilisé comme plante médicinale dans certains pays d’Afrique comme le Congo Brazzaville et le Mozambique. Selon les scientifiques, le mfumbwa est un légume vert qui contient des acides aminés. Ces acides jouent un rôle crucial dans la structure, le métabolisme et la physiologie des cellules de tous les êtres vivants, connus en tant que constituants des protéines. Ils constituent l’essentiel de la masse du corps après l’eau.

C’est le deuxième reportage de la série de reportage collaboratif réalisé par Hervé Mukulu, Picard Luhavo, Serge Sindani, Sarah Mangaza, Furahisha Jacques et Jackson Sivulyamwenge avec l’appui de Rainforest Congo Basin/ Pulitzer center reporting on crisis. 

Le mfumbwa, une légume très aimée à Kinshasa pour ses qualités nutritives. © Sarah Mangaza

A Kinshasa, bon nombre de familles en consomment sans en connaître les valeurs nutritionnelles. “J’aime le Mfumbwa et j’en mange régulièrement. Dans ma tribu ngala, c’est comme un aliment de base.” A dit Arsel Kanza, un jeune étudiant trouvé en train de cuisiner le mfumbwa dans la commune de Makala.

Même chose pour une vendeuse de mfumbwa rencontrée dans le quartier Mbudi dans la commune de Mont Ngafula. Cette dernière a installé son petit commerce tout près des maisons, loin du marché. ‘‘Je vends ce légume depuis une année maintenant. C’est parce que j’avais constaté qu’il était très acheté. Je me suis renseignée auprès d’une vendeuse. Elle m’a confirmé que c’est un commerce rentable. Raison pour laquelle, je me suis lancée dans ce commerce. J’ignore son apport dans l’organisme.” A dit Jeannette.

Pourtant, dès 04h du matin, les dépôts de l’avenue Befale au marché Gambela sont bondés des commerçants, vendeurs de mfumbwa. Hommes et femmes, toutes tendances confondues, se sont lancés dans cette affaire en vue de subvenir aux besoins de leurs familles.

Je viens d’acheter mon mfumbwa. Je suis en train de faire le tri pour garder les bonnes feuilles. Sinon, les clients iront voir ailleurs. Vu le temps que ce légume prend pour nous parvenir, il contient beaucoup de feuilles mortes. Dès que j’aurais fini avec cette tâche, je laisserai ma femme vendre pendant que moi je vais faire autre chose.”, a dit un revendeur rencontré au dépôt de Befale du marché Gambela. ” Nous habitons à Yolo. Nous venons nous approvisionner tous les lundis, jour où la marchandise arrive au dépôt. C’est depuis l’âge de 14 ans que je vends le mfumbwa. Aujourd’hui, j’ai 40 ans. C’est grâce à ce commerce que nos enfants étudient et se nourrissent.” A ajouté sa femme.

Après s’être approvisionnés au dépôt, ces revendeurs fixent leurs prix à 1000 fc pour la petite botte et 2000 FC pour la grande. De quoi avoir un bénéfice.

” Je suis grossiste. C’est depuis 30 ans que je suis dans ce commerce. C’est nous qui accueillons les mfumbwa qui viennent de kananga. Je vends 4 grosses bottes à 2000 FC et 5 petites au même prix. Grâce à cette activité, mes enfants se sont mariés et d’autres sont à l’université.”, a dit Anne-Marie, vendeuse au dépôt de Befale.

Le mfumbwa a réussi à se trouver une place dans les différents marchés de la ville province de Kinshasa. On en trouve dans plusieurs endroits. Au marché de Matadi Kibala, dans la commune de Ngaliema, une vendeuse rencontrée a confié une autre expérience.

“J’achète mon mfumbwa à Kingasani, dans un dépôt qui accueille le mfumbwa de Mbandaka.” A-t-elle déclaré.

Une autre vendeuse rencontrée au marché de Selembao, a affirmé que souvent, elles reçoivent du mfumbwa tout abîmé, ayant changé de couleur à cause du manque d’infrastructures.

” Il n’y a pas de route. Raison pour laquelle ce légume met longtemps pour arriver à Kinshasa. Ce n’est pas normal. Que les autorités revoient cette situation. Depuis la forêt jusqu’à Bandundu ville puis Kinshasa, ce n’est pas du tout facile à cause du mauvais état de nos routes. Regardez mon mfumbwa ! J’ai dû jeter la majeure partie. Comment vais-je en bénéficier maintenant ?” S’est-elle indignée.

Si certaines familles en consomment sans connaître son apport dans l’organisme, d’autres sont convaincus que c’est une autre source de vitamines pour leurs progénitures.

” En tout cas, je ne peux pas dépasser 2 semaines sans cuisiner le mfumbwa. Je sais que ce légume contient des nutriments nécessaires pour la croissance de mes enfants. Je l’achète soit au marché du triangle, soit à celui du rond-point Ngaba.” A confié Laure Tubiangaliye, une femme au foyer, résidente de Mont Ngafula.

Selon certains scientifiques, ce légume fait partie de produits non ligneux appelés à disparaître d’ici quelques années. Une assertion non confirmée par d’autres qui pensent qu’il s’agit d’une liane dont on ignore la vraie origine.

Par conséquent, elle se régénère après chaque cueillette. ” Nous n’avons pas de chiffre exact pour démontrer que le mfumbwa pourrait disparaître. Malgré ça, un programme de recherche a été mis en place avec la contribution des communautés locales pour en savoir plus. A part ça, il existe une filière de produits non ligneux. Des dispositifs devraient être mis en place pour la réguler afin que la cueillette depuis la production, le transport puis l’écoulement. Je pense que plusieurs instruments juridiques devraient accompagner la gestion des produits forestiers.” A expliqué Inoussa Njumboket, Point focal Forêt au WWF RDC.

Le Mfumbwa! Ce légume vert au goût original qui se vend en duo avec la patte d’arachide nourrit aussi bien les familles des vendeurs que celles des acheteurs. Sa cueillette devrait être régulée car sa disparition serait un grand préjudice pour plusieurs personnes.

A suivre…

Lisez le premier reportage de la série:

RDC-forêt: Raréfaction des produits forestiers non ligneux prisés par la population

Lisez le troisième reportage de la série:

Le magungu, ces feuilles sauvages aussi utiles pour les peuples forestiers que pour les citadins amateurs de la chikwange et du liboke