Nord-Kivu : Ce qui manque pour que les actions de protestation contre les massacres de Beni atteignent leur objectif (Analyse de Prof Mughanda)

Si le Congo doit rester un et indivisible, il faut aussi que les congolais soient un et indivisés. C’est le schéma que propose le professeur Muhindo Mughanda à propos des manifestations et journées villes mortes visant à exiger des dirigeants la sécurité à Beni. Dr en sciences politiques, le professeur Mughanda estime que, comme les font les jeunes de Mutsanga, il faut des actions d’expression du ras le bol de la population, à l’échelle nationale pour plus d’impact.

De l’avis du professeur Muhindo Mughanda, les actions des journées villes mortes visent à attirer l’attention de l’autorité. Ainsi les actions autour des massacres de Beni devraient appeler à la solidarité nationale pour espérer un retentissement national des actions de protestation. ‘‘ Le problème qui se pose c’est celui de la solidarité nationale qui dépend directement de l’adhésion des congolais à l’idée de nation. Plusieurs d’entre nous sont plus attachés à leurs ethnies qu’à la nation congolaise. La preuve, à la sortie du gouvernement, vous verrez les gens chercher les noms des membres de leurs groupes ethniques avant de se poser la question de la qualité des personnes proposer comme ministres. Par rapport à ces journées villes mortes, il se fait qu’on les organise à Beni, à Butembo, mais l’adhésion des autres ne suit pas. Mbandaka, Kikwit, même déjà Goma ne se sent pas concerné, pas même Bunia qui est juste à côté. A ce moment-là le dirigeant a tendance à penser que c’est un problème circonscrit territorialement et qu’il peut donc ignorer parce qu’il n’a pas à faire à tous les congolais.’’ Le professeur Mughanda estime ‘‘on a juste créer le Congo, mais on n’a pas encore créé les congolais’’dénonçant ainsi l’absence d’une union sacrée pour la question des massacres de Beni.

Le professeur Mughanda estime par ailleurs qu’il est important de faire à sorte que les citoyens soient beaucoup plus nuisibles pour le pouvoir en allégeant les conditions d’accès contrôlé aux armes et une formation militaire obligatoire. ‘‘ Les autorités dans nos démocraties n’ont pas assez de respect pour nos citoyens. Et dans ce contexte, il faut rendre les citoyens un peu plus nuisibles. C’est là que j’ai toujours proposer qu’on accepte la conscription, le service militaire obligatoire pour les jeunes. J’ai toujours proposé qu’on essaie de voir comment on peut alléger le port d’armes. En ce moment-là, il est possible d’avoir une citoyenneté beaucoup plus dangereuse pour les dirigeants. Ils seront en ce moment là dans l’obligation de prendre au sérieux certaines revendications. Mais lorsque on sait que vous êtes des citoyens peu nuisibles, vous allez marcher aujourd’hui et après chacun aura faim et ira chercher à manger pour lui et pour sa famille, parce qu’on vit au taux du jour, on vous laisse marcher, on vous laisse crier, on vous laisse organiser des journées ville morte, et on vous ignore tranquillement.’’

Le professeur Muhindo Mughanda estime que nous nous exprimons moins pour exiger ce que nous doivent les autorités. Et si les moyens légaux qui sont les marches, les journées villes mortes et autres échouent, il faut pour le parlement ouvrir la brèche notamment en votant une loi sur le port d’armes et la conscription militaire obligatoire.

Emmanuel KATERI