RDC: nettoyer l’armée, recourir de manière ciblée à une puissance militaire capable de renforcer sa technologie… ces recommandations du Prof Nissé M. pour venir à bout du terrorisme

Lutte antiterroriste sur le continent Africain, certains Etats s’en sortent et essaient de contenir ce fléau. Tout est question de politique cohérente de défense. La responsabilité première revient à chaque Etat. L’Etat qui se réveille tard court le risque d’être mis à genoux par le mouvement terroriste qui a besoin de s’étendre et atteindre ses objectifs. Avis du professeur Nissé Mughendi, spécialiste des questions sécuritaires après l’attentat à la bombe à Kasindi en territoire de Beni au Nord-Kivu dimanche 15 janvier 2023.

Le professeur Nissé Mughendi, enseignant de géopolitique à l’UCG et secrétaire général académique de cette institution, a d’abord indiqué qu’il est consterné par l’attaque terroriste ayant visé le poste frontalier de Kasindi dimanche 15 janvier dernier. Cet attentat a particulièrement touché l’UCG rappelle-t-il, l’un de ses étudiants en a en fait succombé. Pour y faire face, le professeur Nissé estime que la RDC qui n’a plus de prétexte officiel de ne pas se ravitailler en armes doit s’équiper rapidement, même en crédit, pour faire face à l’activisme  des ADF. Elle pourrait aussi recourir de manière ciblée à une puissance étrangère capable de renforcer sa technologie. ‘‘ La RDC doit se réorganiser, combler ses besoins en recourant de manière ciblée à certains pays étrangers qui peuvent lui apporter un surplus de technologie capable de surveiller en permanence les activités des groupes terroristes, et éviter que les groupes qui ne sont pas aujourd’hui considérés comme terroristes ne le deviennent aussi dans le temps. Construire rapidement une armée, la nettoyer des traîtres, construire rapidement une diplomatie sur le plan régional et au-delà. Ce n’est que de cette manière qu’on dira que la RDC a pris ses responsabilités en main.’’

Par ailleurs, certains pays africains, le Mali et le Burkina Faso notamment ont dû faire recours aux forces d’autodéfense locale pour contenir la menace terroriste. La RDC peut aussi le faire à condition de se rassurer qu’elle saura les contrôler à la fin de l’opération pour qu’elles ne deviennent une menace supplémentaire a répondu le professeur  Nissé Mughendi. ‘‘L’expérience de la RDC montre que c’est une équation lourde de conséquences. On sait que ce que la RDC a fait en comptant sur des supplétifs des groupes armés pour déstabiliser le RCD Goma et d’autres rebelles. Et on sait comment la RDC a perdu le contrôle sur ces groupes armés. On sait aussi comment la RDC a utilisé d’autres milices tout récemment. Celui dont je vais parler le premier et que tout le monde connaît, c’est La Fontaine. On sait aussi comment la RDC a compté sur le NDC R, notamment pour combattre les FDLR. Mais la question demeure. Quelle est la capacité de la RDC de maîtriser ces groupes après service rendu ? Le risque c’est de faire d’eux des groupes terroristes par la suite s’ils ne sont mal gérés par exemple.’’

C’est une bonne approche de mutualiser les forces armées avec certains voisins comme ce qui se fait entre l’Ouganda et la RDC. Le terrorisme demande en effet pour le contenir, une cohésion régionale bien prononcée, mais l’Etat le plus menacé devrait jouer le plus grand rôle indique le professeur Nissé Mughendi.

Emmanuel KATERI