RDC, reformes à l’ESU: certains pays africains ont réussi à assainir leur paysage universitaire, voici les modèles du Cameroun et du Kenya

Notre société étant actuellement gouvernée par l’économie de la connaissance et le développement du capital humain, l’université y joue un rôle de moule et de laboratoire pour façonner et produire des élites. Et ce rôle, on ne peut pas le laisser entre les mains des bricoleurs. Avis de Roc Thomas Kiyirembera, un congolais vivant au Kenya qui encourage le ministre de l’enseignement supérieur et universitaire dans ses reformes principalement, l’assainissement du milieu universitaire. Par ailleurs, la pollution de l’environnement universitaire congolais est étouffante pour la RDC elle-même qui compte sur des cadres souvent mal formés estime pour sa part Antoine Mwanamolo, un autre congolais mais qui vit au Cameroun.

Le ministre de l’enseignement supérieur et universitaire a fermé plusieurs universités et instituts supérieurs déclarés non viables. Initiative encouragée par plusieurs congolais. Pour Antoine Mwanamolo, Docteur en Droit qui a récemment défendu sa thèse au Cameroun, le paysage universitaire congolais était déjà assez pollué qu’il était temps de faire un coup de balais. Le Cameroun n’a que 16 universités fait-il savoir. Et les efforts sont concentrés sur celles-là seulement pour produire une élite dont le pays a besoin, ‘‘ Même si on sait que comparaison n’est pas raison, on peut néanmoins s’inspirer d’un modèle qui a montré ses preuves. Et l’adapter à notre contexte. Puisque c’est vous-même qui avez évoqué l’exemple du Cameroun, je voudrais vous affirmer que l’Etat camerounais ne compte que 16 universités, 8 privées et 8 publiques. A celles-ci il faut ajouter quelques écoles et institutions spécialisées qui assurent une formation de professionnalisation. Elles sont toutes attachées à ces universités. La RDC sans forcément imiter ce modèle peut souverainement fermer ses universités et ne retenir que quelques-unes seulement.’’, explique-t-il.

Par ailleurs, l’expansion quantitative des universités et la production intellectuelle défectueuse et obsolète, c’est le cocktail d’un paradoxe vexant dans lequel sont plongés à dessein les universités congolaises se plaint Roc Thomas Kiyirembera qui fait son master à Nairobi au Kenya. Ce pays ne compte que 30 universités et instituts, il a été plébiscité par deux fois meilleur système éducatif africain indique-t-il.

‘‘ Vous prenez le cas du Kenya, c’est un pays qui a 30 universités publiques, avec des facultés qui fonctionnent avec des agréments temporaires de quelques années qu’il faut renouveler selon le besoin de la société. Imaginez par exemple qu’il n’y a que 2 universités  autorisées à faire fonctionner un master en droit pour une durée limitée. Et avec ces universités publiques plus quelques privées, le Kenya a été plébiscité par deux fois comme ayant le meilleur système éducatif africain. Après qu’on aura fermé les universités qui ne sont pas viables, parce que moi j’imagine que le ministre n’a pas fermé toutes les universités non viables, on pourra aussi penser à renforcer le système d’admission au sein des universités. Comme il a fait avec la médecine. Ici par exemple pour s’inscrire en faculté de droit, il y a une certaine mention requise dans les cours de langues aux examens d’Etat. Et les étudiants qui ont des rêves pour tel ou tel autre domaine à l’université font des efforts dans ces cours-là, ils s’améliorent pour avoir la cote voulue et ne pas rater son inscription à l’université dans la faculté de son choix.’’

Le ministre devrait même fermé plus d’universités et instituts supérieurs afin de viabiliser davantage les institutions qui resteraient sur la liste estiment les deux chercheurs.

Antoine Mwanamolo qui est aussi enseignant à l’Université Officielle de Ruwenzori propose un schéma à deux universités, une publique et une privée pour chaque ville alors que Roc Thomas qui est enseignant à l’Université Catholique du Graben estime qu’un diagnostic sans complaisance ferait qu’on ne retienne pas plus de 50 universités et instituts supérieurs en RDC.

Tout en encourageant l’initiative du ministre Nzangi Butondo, ceux-ci lui demandent de ne pas quitter la voie des réformes pour espérer former des cadres plus utiles et plus compétitifs.

 

Emmanuel KATERI

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