Le gouvernement a ressuscité le M23 en signant un accord inopportun avec une rébellion vaincue (Prof Mughedi)

C’est le gouvernement congolais qui a ressuscité le M23 en signant en 2013 un accord inopportun. C’est en tout cas l’analyse du Professeur Nissé Mughendi, Chercheur Sénior du Bureau Centre d’Etudes sur la Paix et la Sécurité, BCEPS, en sigle.

 

Cet enseignant du cours des Relations Internationales et Géopolitiques à l’Université Catholique du Graben l’a fait savoir dans une interview nous accordée ce vendredi 28 janvier 2022 dans un contexte de résurgence du M23 qui mène ces combats contre l’armée en territoires de Rutshuru et Nyiragongo.

Le Professeur Nissé Mughendi  rappelle que   depuis la défaite du M23  sur le sol congolais, le négociateur congolais avait jugé inopportune la continuation de la négociation avec un mouvement déjà défait et auto-dissout le 5 novembre 2013.

Curieusement  le gouvernement congolais lui a redonné de l’importance en signant subrepticement le même accord, sous la forme de trois engagements séparés, à l’occasion de la journée nationale kenyane le 12/12/2013.  Depuis, le M23 a repris du poil de la bête en devenant un interlocuteur exigeant face au gouvernement congolais. « Grâce au gouvernement congolais lui-même, le M23 a reçu désormais l’opportunité de trouver de nouveaux prétextes pour relancer la guerre en RDC », regrette le chercheur.

« Ce résultat des négociations entre RDC et M23 déroute toutes les versions de la théorie structurale de la négociation, qui postule que le contenu d’un accord traduit le rapport des forces qui préexistait au moment de la négociation.  Il trouve plutôt son fondement dans la négomanie du gouvernement congolais, cette tendance à recourir de manière privilégiée à des solutions négociées même lorsqu’il existe une solution militaire. Attention, contrairement aux négociations de paix qui imposent des sujétions écrites au vaincu, l’accord avec le M23 a imposé des sujétions au vainqueur », déplore le Professeur Mughendi.

Pour rappel, au moins six villages sont vidés de leurs habitants suite aux affrontements qui opposent les FARDC aux combattants M23 depuis trois jours dans les groupements Rugari et Kisigari, (territoire de Rutshuru).

Les activités socio-économiques restent paralysées à Rugari-centre, à 45 km au nord de Goma, où se sont réfugiés plusieurs milliers d’habitants. La situation est toujours préoccupante dans la région. Beaucoup craignent que le M23 s’attaque aux civils après les cibles militaires.

Georges Kisando Sokomeka

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