Le magungu, ces feuilles sauvages aussi utiles pour les peuples forestiers que pour les citadins amateurs de la chikwange et du liboke

Si vous vivez ou que vous avez déjà séjourné dans certaines grandes agglomérations de la RDC, vous pouvez les avoir déjà croisés quelque part, dans les rues ou terrasses emballant la chikwange ou le liboke. Le magungu, scientifiquement appelé ‘‘Megaphrynium macrostachyum’’ est une feuille sauvage présente dans plusieurs forêts du bassin du Congo. Il pousse très rapidement au point de gêner ses voisins. Pourtant, en milieu urbain, il devient de plus en plus rare. Et pour les pygmées, il est plus important que ce que représente un emballage.

C’est le troisième reportage de la série de reportage collaboratif réalisé par Hervé Mukulu, Picard Luhavo, Serge Sindani, Sarah Mangaza, Furahisha Jacques et Jackson Sivulyamwenge avec l’appui de Rainforest Congo Bassin/ Pulitzer center reporting on crisis. 

Un village pygmée en Ituri. Les huttes sont faites des magungu (megafrynium macrostahium) © Picard Luhavo

Ces larges feuilles vertes de la longueur d’un bras et de la largeur d’un pas ou plus sont recherchées à Kisangani, Kinshasa comme à Beni et Bunia. Et cela pour une raison particulière. Ils sont principalement utiles pour l’emballage de la chikwangue, ce pain congolais fait à base de manioc fermenté. Cuits dans ces feuilles, la chikwangue a toujours une saveur exquise que l’on ne saurait comparer à ceux cuits dans les sachets ou autres emballages.

Ce mets qui serait un accessoire de l’alimentation est souvent l’aliment de base pour plusieurs ménages dans les grandes villes comme Kinshasa et Kisangani. C’est pourquoi, leur préparation demande le respect du processus comme la cuisson dans ces feuillages qui flétrissent à la chaleur sans se briser ou se trouer. Ce qui permet à ce pain de rester compact à l’intérieur.

« On dirait que ces feuilles font partie de l’ingrédient magique », nous confie une vendeuse de Kisangani. Car mélangé à l’arôme de la chikwange, ces feuillage donne une autre saveur exquise à ce met.

Des chikwanges en avant et des liboke en arrière-plan. Le premier un pain fait de manioc et le second est la coupe accompagnatrice fait de poisson ou de la viande. Le point commun est qu’ils se préparent tous dans le magungu. ©Serge Sindani

Dans ces mêmes villes,  ces feuilles servent à préparer un autre plat spécial, le Liboke. Des morceaux de viande ou du poisson avec condiments que l’on fait cuire à l’intérieur des feuilles. Un garnement culinaire qui souvent accompagne la bière sur les terrasses. Ce met revient facilement à 45 milles francs sur les terrasses de Kinshasa et 25 mille à Kisangani. Un petit luxe quoi.

Un matériel de construction et ustensile de cuisine

Pour les vrais peuples forestiers, ces feuilles sont encore plus utiles que ça. Ils construisent des abris et servent d’ustensiles. « On les coupe et on en fait un paquet de trois, bien accrochées, une feuille à l’autre pour qu’ils servent de toiture de la hutte », explique notre hôte dans un village de Mambasa dans la province de l’Ituri.

« Ces maisons ne durent que trois jours et ne sont construites que par les femmes. L’homme n’en maîtrise pas la technique », explique un habitant d’un village pygmée à Mambasa. Cette précarité d’habitat ne pose aucun problème, car leur village n’est entouré que de ces magungu.  A voir de près, cela pourrait être la raison du choix de ces feuilles comme matériel. Ils entourent les villages et poussent à foison. C’est plus facile pour une dame de les couper pour les remplacer sur la hutte. Ces peuples pygmées construisent rarement des grandes maisons. Il s’agit juste d’un abri d’environ 1 ou 2 mètres de largeur et rarement de 2 mètres de hauteur. Fais uniquement de tiges flexibles et des magungu avec des lianes pour les accrocher.

« Ces mêmes  feuilles servent d’assiette pour le repas, d’ustensile pour garder un repas au chaud et de casserole pour la cuisson », nous confient ces peuples pygmées vivant encore de près leur vie naturelle.

Si ces feuilles sont présentes pour les peuples foresteries, ceux qui en ont besoin en ville peinent parfois à se les procurer.  Junior est motard et cultivateur de profession. Quand il va cultiver son champ en territoire de Beni, il revient en ville avec un colis de ces feuilles. Malheureusement, il arrive de plus en plus, qu’il revienne avec presque rien. Nous le croisons au marché de Mayangose venant déposer sa marchandise de magungu aux détaillants. Il ne revient en ville de Beni qu’avec une marchandise d’environ 20 mille francs. La cause : « Ils deviennent de plus en plus rares puisque détruits par la création des champs agricoles », déplore-t-il.

L’augmentation démographique des cités et la création des champs chassent ces feuilles qui semblent moins utiles que les cultures pouvant nourrir les cités. Et personnes ne s’en soucie.

« Ils poussent naturellement. C’est Dieu qui le veut ainsi et ça ne peut disparaitre », nous confie une vendeuses, femme au foyer avec 5 enfants et dont une partie de la vie de son ménage dépend de ce commerce. Vu qu’ils deviennent rares, elles en achètent en gros et chères, les revendent aussi à un prix élevé à celles qui préparent la chikwange. C’est le consommateur final qui en paie le prix. La quantité de la chikwange diminue au grand dam des amateurs.

En ville de Beni, il y a 5 ans, une chikwange de 300 fc pouvait suffire pour une journée faisant office de diner. Aujourd’hui, celle de 1000 fc est juste un cache faim. Néanmoins, ce prix n’est pas que dû aux feuilles ; l’augmentation de prix des autres ingrédients comme le bois de chauffes, l’arachide,…y ont une part de lion.

A suivre…

Lisez l’article précèdent.

Le Mfumbwa, un légume très convoité à Kinshasa

Lisez le dernier article de cette série:

RDC forêt : comment préserver ces produits forestiers non ligneux ?

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